Je vais être honnête : il y a deux ans, l'intelligence artificielle, pour moi, c'était un truc de geeks et de science-fiction. Aujourd'hui, ChatGPT et Claude font partie de mon quotidien de praticien — pas pour soigner à ma place, évidemment, mais pour réfléchir, apprendre et décider plus vite et mieux. Voici, sans filtre, comment ces outils ont changé ma façon d'exercer.

Le vrai changement : la recherche approfondie

On a longtemps réduit ces outils à « un chatbot qui répond à des questions ». La réalité a beaucoup évolué. Avec les fonctions de recherche approfondie (le mode « deep research » de ChatGPT, ou les capacités de recherche de Claude), on change carrément de catégorie.

Concrètement, je peux poser n'importe quelle question qui me trotte dans la tête — une de ces interrogations cliniques qu'on remet toujours à plus tard faute de temps — et l'outil va éplucher la littérature, croiser les sources, et me revenir avec une synthèse argumentée et la bibliographie qui va avec. Ce travail qui me prenait une soirée entière à la fac, je l'obtiens désormais en quelques minutes, sous une forme directement exploitable.

Pour un dentiste qui veut rester à jour mais qui n'a pas le luxe de lire dix articles par semaine, c'est un changement de rythme considérable.

Un exemple concret

Prenons une question que tout le monde se pose un jour ou l'autre, et sur laquelle les avis divergent encore : à quel âge faut-il, idéalement, retirer les dents de sagesse ?

Plutôt que de demander vaguement « parle-moi des dents de sagesse », je formule un prompt précis et orienté preuves :

« Cherche sur PubMed et les bases équivalentes à quel âge il est préférable d'enlever les dents de sagesse. Donne-moi les niveaux de preuve, les recommandations des sociétés savantes, et cite tes sources. »

La différence est énorme. Au lieu d'une réponse générique, j'obtiens une synthèse structurée : les arguments pour une avulsion précoce, ceux en faveur d'une surveillance, les zones de désaccord dans la littérature… et surtout des références que je peux aller vérifier moi-même. Je ne reçois pas un avis : je reçois un point de départ documenté pour me forger le mien.

Mon conseil sur les prompts : soyez précis. Indiquez la source souhaitée (PubMed, Cochrane, recommandations HAS…), demandez explicitement les références, et précisez le contexte (patient, contrainte, niveau de preuve attendu). Plus votre question est nette, plus la réponse est utile. Un bon prompt, c'est déjà la moitié du travail.

Le garde-fou indispensable : les hallucinations

Maintenant, le revers de la médaille, et il est sérieux. Ces modèles peuvent « halluciner » : inventer une référence qui n'existe pas, attribuer une conclusion à une étude qui ne dit pas ça, ou affirmer avec un aplomb total quelque chose de faux. Et c'est d'autant plus piégeux que c'est toujours écrit de façon parfaitement crédible.

En médecine, on ne peut évidemment pas se le permettre. Donc je m'impose une règle simple et non négociable :

Aucune information clinique issue d'une IA n'entre dans ma pratique sans avoir été vérifiée à la source.

Quand l'outil me cite un article, je vérifie que la référence existe vraiment et qu'elle dit bien ce qu'on lui fait dire. L'IA est un formidable assistant de recherche qui défriche, organise et fait gagner un temps fou — mais la responsabilité du diagnostic et de la décision reste entièrement la nôtre. Elle ne remplace ni notre jugement clinique, ni la lecture critique d'une vraie source.

À retenir : considérez l'IA comme un excellent interne, brillant et infatigable, mais qui se trompe parfois avec une confiance déconcertante. On l'écoute, on s'en sert, on gagne du temps — mais c'est toujours le praticien qui signe.

Au-delà de la clinique

La recherche n'est qu'une porte d'entrée. Au quotidien, j'utilise aussi ces outils pour reformuler une explication compliquée en mots simples pour un patient anxieux, préparer un courrier à un confrère, structurer une présentation pour mon équipe, ou même réfléchir à l'organisation du cabinet. À chaque fois, le même principe : l'IA propose, j'arbitre.

Alors, faut-il s'y mettre ?

Franchement, oui. Pas pour « déléguer » la médecine — ça n'a aucun sens — mais pour augmenter notre capacité à apprendre, à nous tenir à jour et à prendre du recul. Le dentiste qui maîtrise ces outils ne sera pas remplacé par l'IA ; il sera simplement plus rapide, plus curieux et mieux informé que celui qui les ignore.

Commencez petit : la prochaine fois qu'une question clinique vous traverse l'esprit, ne la laissez pas filer. Ouvrez ChatGPT ou Claude, formulez-la proprement, demandez les sources… puis vérifiez-les. C'est peut-être la nouvelle compétence la plus rentable que vous puissiez développer cette année.